Avant même d’enfiler une combinaison, avant le tout premier masque à vider, il y a une étincelle. Ce déclic naît souvent d’une image, d’un récit ou d’un visage. Certains noms résonnent comme une invitation. Ces Plongeurs célèbres qui m’ont donné envie de plonger m’accompagnent encore dans chaque descente.
Je me souviens de ce jour précis. J’avais douze ans. Dans le salon, le vieux téléviseur grésillait. Sur l’écran, un homme au bonnet rouge glissait parmi des bancs de poissons argentés. Tout était calme, fluide, presque irréel. C’est ce moment-là qui a tout déclenché. Plus tard, d’autres noms sont venus nourrir ce feu : Mayol, Earle, Hass, Ballesta. Tous à leur manière m’ont montré qu’il existait sous la surface un monde habité, complexe, magnifique et fragile.
Jacques-Yves Cousteau, l’homme au bonnet rouge

Impossible de ne pas commencer par lui. Même ceux qui n’ont jamais plongé savent qui il est. Cousteau, ce n’est pas seulement un explorateur. C’est un inventeur, un capitaine, un poète des profondeurs. Grâce à lui, le monde a levé le voile sur l’univers sous-marin. Ses films, son regard, sa voix ont inspiré des générations.
Ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est la tendresse avec laquelle il parlait de l’océan. Comme d’un être vivant, sensible et vulnérable. Par ailleurs, il ne s’est pas contenté de filmer les fonds marins : il a co-inventé le scaphandre autonome et sillonné la planète à bord de la Calypso. À chaque plongée, j’ai l’impression d’entendre son souffle régulier dans mes oreilles.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est un épisode tourné dans la mer Rouge. Une raie manta s’approchait lentement du plongeur, sans peur. Le silence, le regard de Cousteau, et cette danse muette entre deux espèce. Ce n’était pas de la plongée. C’était de la poésie.
Jacques Mayol, le dauphin humain

Il y a Cousteau pour la science, et il y a Mayol pour l’émotion. Ce plongeur célèbre a franchi la barrière entre l’homme et la mer. Pas de bouteille, pas de bruit : seulement un souffle, une descente. Il ne cherchait pas uniquement la performance. Il voulait fusionner avec l’océan.
Ce qui m’a bouleversé chez lui, c’est sa quête intérieure. Il pratiquait le yoga, nageait avec les dauphins, méditait avant chaque apnée. Ainsi, il a été le premier à franchir la barre des 100 mètres sans assistance. Mais au fond, ce n’est pas ce record qui reste. C’est l’idée que plonger, c’est aussi revenir à l’essentiel, à soi.
J’ai revu plusieurs fois Le Grand Bleu avant de comprendre que ce n’était pas un film sur l’apnée, mais sur le vide, l’appel du silence, la dissolution. Mayol m’a appris que descendre, ce n’est pas fuir, mais se retrouver.
Sylvia Earle, la voix des océans

Parmi les plongeurs célèbres, Sylvia Earle occupe une place unique. Scientifique, exploratrice, militante, elle incarne la conscience écologique du monde sous-marin. Son engagement dépasse largement les frontières de la plongée loisir. Elle défend l’océan comme on protège un trésor menacé.
Elle a piloté son propre submersible, dirigé des missions à des centaines de mètres de profondeur et milité pour les aires marines protégées. D’ailleurs, quand elle parle, chaque mot est un courant qui pousse à agir. Elle m’a appris que plonger, c’est aussi devenir témoin. Et parfois, un témoin doit prendre la parole.
Un jour, j’ai écouté l’une de ses conférences sur la disparition des grands écosystèmes marins. Elle montrait des images de coraux morts, d’océans vides, de requins disparus. Sa voix restait calme, posée. Mais dans ses yeux, on lisait une tristesse et une urgence qui m’ont bouleversé. Depuis ce jour, je ne vois plus un poisson sans me demander combien de temps il sera encore là.
Hans Hass, l’autre pionnier

L’histoire retient surtout Cousteau, mais Hans Hass a ouvert d’autres portes. Ce biologiste autrichien a filmé les fonds marins dès les années 40, bien avant que cela devienne une aventure télévisée. Il a exploré la mer Rouge avec des moyens rudimentaires mais un œil déjà affûté.
Son regard était celui d’un scientifique passionné de comportement animal. Il a étudié la faune marine comme on observe les lions dans la savane : avec patience, respect et curiosité. Ainsi, il m’a appris que la plongée peut aussi être une science. Observer, noter, comprendre : tout cela fait partie du plaisir de descendre sous l’eau.
Ce qui m’a fasciné dans ses récits, c’est la rigueur. Chaque expédition était planifiée, chaque plongée documentée, chaque animal nommé, décrit, analysé. C’était une plongée à la loupe, au microscope presque. Et pourtant, jamais froide. Toujours émerveillée.
Laurent Ballesta, l’héritier des profondeurs

Aujourd’hui, un nom incarne cette nouvelle génération de plongeurs célèbres : Laurent Ballesta. Biologiste, photographe, technicien hors norme, il repousse les limites de l’exploration sous-marine. Ses plongées à saturation dans les zones les plus extrêmes donnent naissance à des images à couper le souffle.
Du cœlacanthe aux mérous de Fakarava, il transforme chaque immersion en enquête scientifique. Ce que j’admire chez lui, c’est son exigence. Rien n’est laissé au hasard, chaque détail compte. En outre, il n’oublie jamais la beauté, l’esthétique, la narration. Il m’a donné envie d’aller plus loin, pas seulement en profondeur, mais aussi dans la compréhension de ce que l’on voit.
Son reportage en Antarctique m’a glacé, littéralement. À 70 mètres sous la banquise, il filme des formes de vie inconnues, des méduses figées comme des sculptures. Et lui, là-dessous, calme, posé, avec des heures de décompression à gérer. Je me suis dit : voilà jusqu’où la passion peut mener.
Ces plongeurs célèbres ne m’ont pas seulement inspiré. Ils m’ont donné des repères, des envies, des façons différentes de penser l’océan. À travers leurs histoires, j’ai compris que plonger ne se résume pas à respirer sous l’eau. C’est écouter, ressentir, parfois témoigner. Et surtout, ne jamais cesser de s’émerveiller.
Aujourd’hui encore, quand je bascule en arrière depuis le bateau, je pense parfois à eux. À Cousteau et son bonnet rouge, à Mayol qui retenait son souffle, à Earle qui défend les océans, à Hass qui notait chaque poisson, à Ballesta qui nous montre l’invisible. Je me dis que chaque plongée, même modeste, est une manière d’honorer leur regard. Et de continuer à descendre — un peu mieux, un peu plus loin, à ma manière.

